Un nouveau modèle neuroscientifique pour expliquer les expériences de mort imminente (EMI)
Dans un article récemment publié dans Nature Reviews Neurology, une équipe de chercheurs du Coma Science Group (Université de Liège), dirigée par Charlotte Martial et Nicolas Lejeune, propose un nouveau modèle neuroscientifique des expériences de mort imminente (EMI). Pour la première fois dans le domaine, cet article intègre des données issues de diverses disciplines des neurosciences et une analyse approfondie des différents mécanismes en œuvre, permettant d’offrir une explication solide de la survenue de ces phénomènes fascinants dans des contextes critiques, comme l'arrêt cardiaque.
Les EMI sont caractérisées par des perceptions intenses et souvent mystiques, telles que la sensation de quitter son corps, la vision d’une lumière intense ou un sentiment profond de paix. Bien que ces expériences soient étudiées depuis environ quarante ans, la littérature empirique n’a émergé de manière significative que ces dernières années, et l'origine exacte des EMI demeure encore mal comprise. L'étude dirigée par des membres du Coma Science Group, en collaboration avec des chercheurs internationaux, propose un modèle unifié baptisé « NEPTUNE » (Neurophysiological Evolutionary Psychological Theory Understanding Near-death Experience), qui associe des processus psychologiques et neurophysiologiques pour expliquer l’émergence des EMI, le tout dans une perspective évolutionniste.
Un modèle intégratif basé sur des preuves neuroscientifiques
« Grâce aux avancées récentes en neurosciences, nous avons désormais suffisamment de données pour proposer un cadre cohérent expliquant les EMI. Nous avons analysé des données empiriques issues de divers domaines des neurosciences, notamment des études sur les animaux, des recherches sur les expériences mystiques induites par les psychédéliques chez l'humain, ainsi que des travaux sur le cerveau aux abords de la mort, afin d’établir des liens avec le phénomène des EMI », explique Charlotte Martial, première auteure de l'étude. Nicolas Lejeune, dernier auteur de la publication, ajoute : « Parallèlement, nous avons examiné les principaux systèmes de neurotransmetteurs cérébraux afin de comprendre comment leurs réactions en réponse à une crise physiologique aiguë, telle une perte brutale de débit sanguin et d’oxygène au niveau cérébral, pouvaient contribuer à l’émergence de certaines caractéristiques des EMI. Sur cette base, nous proposons un nouveau modèle intégratif des EMI, suggérant qu’une cascade de réactions physiologiques et psychologiques, déclenchée lors d’une crise physiologique aiguë, pourrait expliquer leur nature intense et immersive. » Les chercheurs ont ainsi rassemblé et étendu les différentes théories existantes afin de créer une explication complète et cohérente des EMI, à la lumière des données empiriques disponibles. En particulier, ils ont identifié les systèmes de neurotransmetteurs cérébraux qui pourraient jouer un rôle clé dans certaines dimensions spécifiques des EMI, comme l'implication des systèmes sérotoninergique et dopaminergique dans le contenu visuel ou encore des systèmes glutamatergique, cholinergique et noradrénergique dans le processus de mémorisation de l’expérience.
Vers une meilleure compréhension de la conscience humaine
Cette nouvelle approche des EMI s’inscrit dans un débat plus large sur la nature de la conscience et ses manifestations en conditions extrêmes. « Les EMI représentent un terrain d’étude fascinant pour mieux comprendre la frontière entre la conscience et l’inconscience, ainsi que les mécanismes cérébraux qui sous-tendent ces expériences subjectives intenses survenant dans des situations d’extrême gravité. Nos recherches pourraient apporter un éclairage nouveau sur ces phénomènes et la compréhension des états critiques. », explique Pauline Fritz, co-première auteure.
Les chercheurs espèrent que ce modèle servira de base à de futures investigations empiriques et contribuera à une meilleure prise en charge des patients ayant vécu une EMI, qui rapportent souvent un profond impact psychologique après cette expérience.
Ce travail a été rendu possible grâce au soutien de l’Université et du CHU de Liège, du Fonds National de la Recherche Scientifique (FRS-FNRS) et de la Fondation BIAL.
Référence
Martial, C., Fritz, P., Gosseries, O. et al.
A neuroscientific model of near-death experiences.
Nat Rev Neurol (2025).
https://doi.org/10.1038/s41582-025-01072-z
Contacts
Coma Science Group, GIGA Institute, Université de Liège
Clinique de la Conscience et de NeuroRevalidation, Service de Neurologie, CHU de Liège
